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Directrice de la plateforme nationale contre la pauvreté depuis 2021, Astrid Wüthrich a également piloté le rapport sur le monitoring de la pauvreté.

Corinne Jaquiéry: Quelle est votre fonction exacte dans le cadre du monitoring de la pauvreté?

Astrid Wüthrich: Je suis vice-directrice à l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) et responsable notamment du dossier de la pauvreté. Mon équipe a reçu le mandat de réaliser le monitoring national de la pauvreté. Nous serons aussi responsables de l’élaboration de la stratégie fédérale prévue pour 2027. Ce travail consiste à analyser les données disponibles et à identifier les groupes particulièrement exposés, afin de disposer d’une base solide pour orienter les décisions politiques.

Astrid Wüthrich, directrice de la plateforme nationale contre la pauvreté

Que signifie concrètement élaborer une stratégie nationale contre la pauvreté?

Une politique publique repose surtout sur trois éléments. D’abord, un réseau d’acteurs – Confédération, cantons, communes et organisations – qui permettent d’échanger et de coordonner les actions. Ensuite, une orientation commune, un cadre stratégique qui n’existe pas aujourd’hui en Suisse. Enfin, des mesures concrètes qui permettent d’atteindre les objectifs de la stratégie. L’idée est que la stratégie fixe le cap sur plusieurs années, tandis que les mesures pourront évoluer ou être complétées au fil du temps.

Pourquoi la Suisse n’avait-elle pas encore de stratégie nationale jusque-là?

Entre 2014 et 2024, il y a eu un programme national puis une plateforme contre la pauvreté qui a surtout permis de travailler sur des thématiques spécifiques liées à la pauvreté et d’organiser des colloques afin de présenter les résultats ainsi que des exemples de bonne pratique. Le projet actuel découle d’un mandat du Parlement donné fin 2024.

Sur cette base, le Conseil fédéral a décidé de développer un ensemble cohérent afin de renforcer la prévention et la lutte contre la pauvreté en Suisse comprenant trois volets: le monitoring de la pauvreté, une stratégie nationale et une plateforme d’acteurs qui peut coordonner les mesures prises aux différents niveaux fédéraux.

le monitoring de la pauvreté

une stratégie nationale

une plateforme d’acteurs

L’objectif est de mieux coordonner les politiques existantes et de leur donner des nouvelles impulsions, de favoriser les échanges entre institutions et d’identifier plus clairement les besoins d’action.

La Confédération a-t-elle déjà mis en place des mesures concrètes contre la pauvreté?

Oui, de nombreuses mesures existent déjà, même si elles ne sont pas toujours présentées explicitement comme des politiques de lutte contre la pauvreté. Le monitoring montre notamment l’importance des assurances sociales telles que l’assurance chômage et l’assurance invalidité et des prestations sous condition de ressources, comme la réduction individuelle des primes d’assurance maladie ou les prestations complémentaires. Sans ces instruments, le taux de pauvreté serait nettement plus élevé.

Qu’en est-il de l’intégration sur le marché du travail?

La Confédération agit aussi à travers des politiques d’intégration professionnelle. L’assurance chômage, l’assurance invalidité ou encore les programmes d’intégration contribuent à prévenir la pauvreté. Un autre objectif important est par exemple que 95% des jeunes obtiennent une formation du degré secondaire II, car la formation reste l’un des meilleurs moyens de réduire les risques de pauvreté et de favoriser une participation durable au marché du travail.

Quel sera le principal défi pour la future stratégie?

Le défi consiste surtout à mieux relier les mesures existantes et les nombreux acteurs impliqués. Avec le monitoring, nous disposons d’une base de données telle qu’elle n’a jamais existé en Suisse jusqu’à nos jours pour identifier où les interventions sont les plus efficaces. La stratégie pourra ainsi s’appuyer sur un large éventail de politiques déjà en place et améliorer leur coordination afin de renforcer leur impact et d’éviter les lacunes dans le système de soutien.

Cet article est paru dans le «Caritas.mag». Le magazine des organisations Caritas régionales paraît deux fois par an.

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