Pour une équité en santé
19 octobre 2026 | Lecture 7 min.
En Suisse, les chances de mener une vie en bonne santé sont inégales, particulièrement en situation de précarité. Des solutions existent grâce aux Caritas de Suisse romande.
Niché au fond d’une rue arborisée à Lausanne, l’Espace Essor de Caritas Vaud respire le calme et invite au bien-être. Pour nombre de personnes, il est le lieu de la reconquête du lien social à travers divers ateliers. Celui consacré à l’alimentation vise aussi à retrouver une meilleure santé écornée par le mal-être ou par un manque de soins. Axé sur des aspects théoriques et pratiques, l’atelier rappelle les bases nutritionnelles de l’équilibre alimentaire et promeut de meilleures pratiques au quotidien.
Pour des personnes qui souvent ne vont plus chez le médecin par peur des coûts que cela pourrait engendrer, bien manger, c’est-à-dire se nourrir avec des aliments les plus sains possible – légumes de saison, fruits, légumineuses –, peut apporter l’énergie salvatrice nécessaire au corps, protéger contre les maladies chroniques et favoriser le bienêtre mental.
«J’ai compris ici combien c’était important de bien manger pour sa santé», relève Laurent, un des participant-es de l’atelier alimentation de l’Espace Essor. Ce jour-là, elles et ils sont une dizaine à être venu-es s’y ressourcer, au propre comme au figuré. Proposé en deux parties, l’une théorique, l’autre pratique, l’atelier accueille des adultes au bénéfice d’une mesure d’insertion sociale ou toute personne isolée socialement et/ou ayant des difficultés liées à des limitations physiques ou émotionnelles.
Déconstruire les idées reçues
Pour Laïla Porta Monney, la diététicienne d’Unisanté chargée de la théorie, il est important de déconstruire les idées reçues telles que «les féculents font grossir», «la qualité des produits bon marché est forcément mauvaise» ou «un repas sans viande n’est pas complet». Grâce à son cours imagé et ludique, les informations reçues sont plus facilement intégrées et ce d’autant plus qu’elles sont ensuite testées concrètement avec un atelier cuisine.
«J’aime questionner les pratiques de chacune et chacun et démontrer qu’en changeant peu de choses, par exemple en diminuant progressivement la consommation de sucreries et snacks salés, dont la consommation en Suisse est 4 fois plus élevée que ce qui est recommandé, on peut agir sur son bien-être.»
Ce n’est pas Liliane, une autre participante, qui dira le contraire, bien que ses efforts soient péjorés par son anxiété chronique. «J’y crois. J’avais réussi à perdre 15 kilos. Je mange correctement la journée, mais c’est le soir, quand je suis seule, que ça dérape…».
Côté cuisine
La solitude, un autre obstacle à la santé qui touche près d’un tiers de la population suisse. De nombreuses personnes, qui vivent juste au-dessus des chiffres officiels de la pauvreté, n’ont aucune marge financière en cas d’imprévu, ce qui engendre un stress chronique et un isolement progressif.
Pour Carina, jeune mère de famille, le problème est ailleurs. «Chez nous, on mange beaucoup trop de viande, c’est dans notre culture, mais cela coûte cher. Je trouve ce cours super intéressant. J’ai appris beaucoup de choses. Je vais cuisiner différemment et prendre d’autres habitudes.»
De quoi faire plaisir à Laïla Porta Monney qui revient régulièrement à l’Espace Essor. «L’idéal serait d’apporter à notre corps ce qu’il faut et régulièrement pour avoir une énergie stable. J’ai l’impression que ce que je dis est utile. Particulièrement parce que les messages que je donne sont ensuite immédiatement mis en pratique dans l’atelier cuisine.»
Après une pause, le groupe de participant-es se retrouve donc en cuisine avec Marylaure Fustinoni, encadrante sociale, qui vient de reprendre l’atelier. «Faire la cuisine n’est pas toujours facile, mais nous ne sommes pas dans une idée de production. J’adapte le programme aux participant-es. Parfois, je dois changer au dernier moment. L’idée est de donner l’envie d’essayer et d’encourager à sortir de sa réserve sans donner trop d’informations à la fois.»
Et alors que l’on s’affaire côte à côte, et que de délicieuses odeurs commencent à émerger des casseroles et autres poêles, Carina souligne combien c’est aussi le partage entre plusieurs générations et cultures qui lui donne la force de tenter de prendre un nouveau chemin de nutrition.
La santé n’est pas pour tout le monde
L’année dernière, l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) a sorti un rapport édifiant sur les iniquités en matière de santé en Suisse. Le pays dispose d’un système de santé performant. Et pourtant, les chances de mener une vie en bonne santé sont inégales.
Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de maintenir, de favoriser ou de rétablir sa santé. En moyenne, les personnes socialement défavorisées vivent moins longtemps, souffrent plus souvent de maladies et accèdent moins facilement aux soins médicaux. Selon l’Obsan, ces écarts ne sont pas dus au hasard. Les facteurs génétiques ou individuels ne suffisent pas pour les expliquer: la situation sociale – qui peut dépendre notamment du niveau de formation, du revenu, du genre, de l’origine sociale et du contexte migratoire – influence fortement les risques pour la santé, les possibilités de les gérer et l’accès aux prestations.
Sans compter le frein de plus en plus conséquent à l’accès aux soins en raison de l’augmentation du coût de la vie. Entre 2020 et 2026, les primes d’assurance maladie obligatoire en Suisse ont connu une forte hausse cumulée d’environ 29% en moyenne. Une incitation à prendre une franchise élevée qui décourage d’aller consulter un médecin par crainte de payer soi-même la facture. Résultat: une santé qui se détériore avec des conséquences parfois fatales.
4 x
plus de symptômes dépressifs en situation financière difficile. (25% contre 6%, OFSP 2025)
1⁄3
de risque supplémentaire d’infarctus ou d’AVC avec au maximum une formation de base. (+34%, OFSP 2025)
2,5x
moins de personnes atteignent les 5 fruits et légumes par jour avec au maximum une formation de base. (8% contre 20%, OFSP 2025)
Des solutions dans les Caritas
Les Caritas de Suisse romande le constatent, les difficultés financières liées à la santé ou à l’assurance maladie sont le problème qui revient le plus souvent lors des consultations dans les permanences sociales. Une préoccupation majeure chez les bénéficiaires. Chaque Caritas propose du conseil, notamment en désendettement, du soutien financier, un accès à ses Épiceries ou diverses activités en lien avec la santé ou l’alimentation avec des spécificités régionales.
Ainsi à Genève, depuis quelques mois, une psychologue bénévole vient sur demande pour des rendez-vous réservés aux bénéficiaires de la consultation sociale. À Neuchâtel, le nouveau Café-bain est un lieu accessible qui associe rencontres, bien-être, lien social et mixité des publics. À Fribourg, les bénéficiaires peuvent solliciter un tarif social auprès des médecins dentistes alors que dans le Jura, de nombreuses activités ont lieu au LARC (Lieu d’accueil et de rencontre de Caritas) autour de la santé psychique, de la prévention santé (marches, alimentation, repas sain, atelier shibashi, réflexologie, etc.). Quant à Caritas Vaud, outre les Espaces Essor, elle s’est associée à Unisanté pour que ses bénéficiaires puissent accéder gratuitement (grâce à la CarteCulture) au Bus Santé.
En fait, deux équipes de professionnel-les de la santé se déplacent toute l’année. L’une auprès de la population vaudoise et la seconde au sein des entreprises romandes. Elles effectuent des tests pour dépister les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires et les interprètent. Elles proposent ensuite des conseils santé pour améliorer ou maintenir le capital santé. Les consultations du Bus Santé (lire l’interview de Karin Zürcher d’Unisanté) sont une manière concrète de prendre conscience de son état de santé général et constituent un encouragement à des comportements favorables à la santé.
Fact checking
Cet article est paru dans le «Caritas.mag». Le magazine des organisations Caritas régionales paraît deux fois par an.
Découvrir maintenant
Caritas.Mag