Karin Zürcher, adjointe à la cheffe du Département promotion de la santé et préventions à Unisanté (Lausanne).

Les personnes précaires sont-elles davantage exposées aux problèmes de santé?

Oui. Les inégalités de santé suivent ce que l’on appelle un «gradient social»: plus les ressources économiques et le niveau de formation diminuent, plus les risques pour la santé augmentent. Diabète, maladies cardiovasculaires, certains cancers, mais aussi souff rance psychique sont plus fréquents dans les situations de précarité.

Pourtant, les messages de prévention sont les mêmes pour tout le monde. Est-ce un problème?

Le problème, c’est que savoir ne signifie pas forcément pouvoir agir. Dire «arrêtez de fumer», «mangez équilibré» ou «faites davantage d’activité physique» est plus facile à mettre en pratique lorsqu’on dispose de temps, d’argent, d’un logement stable ou d’un accès simple aux soins. Quand on cumule les difficultés, d’autres urgences prennent le dessus. Des messages universels et des actions de prévention qui reposent uniquement sur les comportements individuels, sans tenir compte des conditions de vie, peuvent ainsi renforcer les inégalités et faire porter aux personnes la responsabilité de leur état de santé.

Comment faire autrement?

Il faut appliquer le principe d’»universalisme proportionné»: une prévention destinée à toutes et tous, mais avec des moyens et des modalités adaptés aux besoins et aux obstacles rencontrés par les personnes. Il faut aussi faciliter l’accès à la prévention et aller à la rencontre des personnes plutôt que d’attendre qu’elles viennent vers nous. Les collaborations avec Caritas, les structures sociales, les acteurs de la migration ou de la jeunesse sont à ce titre essentielles.

Le Bus Santé qui circule dans tout le canton de Vaud répond-il à cette logique?

Oui, en partie. Il va là où les personnes vivent. On peut y mesurer la tension artérielle, la glycémie, le cholestérol ou encore le poids, puis donner des conseils et orienter vers un médecin si nécessaire. L’idée est simple: détecter un risque suffisamment tôt pour éviter qu’il ne devienne un problème de santé plus important. Nous constatons qu’il touche encore relativement peu les publics en situation de précarité. Nous développons donc des initiatives pour mieux les atteindre, par exemple en réservant le Bus pour les bénéficiaires Caritas et en rendant la prestation gratuite pour les détenteurs de la CarteCulture. L’enjeu n’est donc pas seulement d’aller vers la population, mais d’aller davantage vers celles et ceux que la prévention atteint le moins.

Pourquoi certaines personnes renoncent-elles à la prévention ou aux contrôles médicaux?

Ce n’est pas nécessairement une question de volonté ou de compréhension. Lorsque l’on cherche un logement, un emploi, que l’on rencontre des difficultés financières ou que l’on doit gérer seul sa famille, s’occuper de sa santé peut passer au second plan. À cela peuvent s’ajouter des obstacles très concrets, comme le coût, la langue ou la difficulté d’accéder aux soins. Certaines personnes consultent ainsi trop tardivement.

La prévention doit-elle donc aller plus loin que le seul domaine de la santé?

Oui. La santé dépend aussi du logement, des revenus, de l’alimentation, de la mobilité, de l’accès aux espaces verts, de l’école ou des structures d’accueil de la petite enfance. Il faut créer des environnements qui facilitent les choix favorables à la santé. C’est le principe de la «santé dans toutes les politiques».

Et comment mieux informer?

Il faut d’abord être compris. Une information efficace va à l’essentiel: un message clé, des mots simples, des textes courts et, lorsque c’est possible, des supports visuels. Elle doit aussi être accessible, non moralisatrice et éviter de culpabiliser. Traduire une brochure ne suffit pas toujours. Il faut également adapter le langage et tenir compte des obstacles administratifs, culturels ou liés à la littératie en santé.

Quel est finalement l’objectif?

Il ne s’agit pas de faire en sorte que tout le monde ait exactement le même état de santé. Il s’agit de donner à chacun les meilleures chances possibles de préserver sa santé, quelles que soient ses conditions de vie. La position sociale devrait peser le moins possible sur l’espérance de vie et la qualité de vie. 

Cet article est paru dans le «Caritas.mag». Le magazine des organisations Caritas régionales paraît deux fois par an.

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