21.04.2026
«Mettre un peu de lumière là où il n'y en a pas»
Dans le cadre de notre Permanence Pénale Précarité (PPP), une équipe d’avocat∙es bénévoles, dont fait partie Maître Claire Dechamboux, peuvent être sollicité∙es. Portrait.
Maître Claire Dechamboux n’est pas dans la rue ou dans un cortège à crier des slogans, pourtant c’est une véritable âme de militante que l’on découvre à travers le travail invisible qu’elle mène au quotidien. Avocate bénévole pour Caritas Genève et d’autres associations, Maître Dechamboux a coconstruit avec l’équipe du Pôle de médiation intercommunautaire de Caritas Genève – et d’autres confrères et consœurs – le projet de la Permanence Pénale Précarité (PPP), débuté en septembre 2025. Cette permanence à caractère juridique se concentre sur les infractions pénales qui frappent de manière disproportionnée les personnes en situation de précarité (lire ci-dessous).
Membre du comité de l’Association Aux 6 Logis, Claire Dechamboux a également travaillé au Service juridique du Centre social protestant et à F-Information (droit de l’immigration), ainsi que pour diverses ONG en lien avec les Mineurs non accompagnés. En 2024, elle s’est mise à son compte et s’est spécialisée dans les cas de violences domestiques. Un parcours qui laisse deviner un engagement surpassant la seule bonne conscience professionnelle.
Quant au bénévolat : « Je me suis installée à mon compte pour cela, explique-t-elle. Dans les études où j’ai travaillé, je n’aurais pas pu le faire. Et en tant qu’avocate pour une structure associative, on ne peut pas aller devant les tribunaux, en tout cas pas au pénal. Comme indépendante, je peux dégager du temps pour faire du pro bono. Cela fait partie de l’aspect militant et de la fonction de notre travail, qui est de défendre ceux qui n’en ont pas les moyens. C’est essentiel, c’est un devoir citoyen ».
« Il y a une vraie politique de criminalisation de la précarité. Mais on peut faire quelque chose, car nous parvenons à faire réduire les peines. »
Maître Dechamboux compte beaucoup de travailleurs et travailleuses sociaux-les dans ses ami∙es : « J’aurais pu être assistante sociale, mais j’ai choisi le droit », plaisante-t-elle… Grâce à son entourage, ses engagements associatifs et son expérience, elle connaît parfaitement le réseau et les problématiques liées à la très grande précarité, notamment la question de domiciliation lorsque les personnes dorment dans la rue. « Cette nouvelle permanence est un besoin, on le constate tous les jours, surtout que les services juridiques de toutes les associations sont complètement surchargés », précise-t-elle.
Le Ministère public, lui aussi, est surchargé par une accumulation d’affaires mineures, et les prisons surpeuplées, avec un nombre incalculable de personnes privées de liberté pour des jours-amendes qu’elles sont dans l’impossibilité de payer… « Il y a un vrai problème de politique pénale à Genève, insiste-t-elle. Cette PPP est très importante car elle permettra de donner un outil de base, des chiffres et des statistiques. Nous pourrons ainsi agir en termes de plaidoyer et prouver à nos autorités que cette réalité existe. Mais également trouver des fonds pour les services juridiques des associations. »
L’avocate confirme ce que les équipes de terrain constatent quotidiennement : « Il y a une vraie politique de criminalisation de la précarité. Mais on peut faire quelque chose, car nous parvenons à faire réduire les peines. »
Plus jeune, Claire Dechamboux aspirait à faire du plaidoyer et avait foi dans les organisations internationales. « Je voulais faire des droits humains à la base. J’ai toujours eu un fort sentiment par rapport à la justice et l’injustice. En étant bénévole pour les associations, je me suis vite rendu compte qu’il y avait un besoin concret et qu’on pouvait aussi aider les gens simplement. Changer les choses, c’est aussi les changer à un niveau micro, plus que macro. C’est mettre un peu de lumière là où il n’y en a pas. »
Permanence Pénale Précarité
En septembre 2025, le Pôle de médiation intercommunautaire de Caritas Genève ouvrait une Permanence Pénale Précarité (PPP) sur le Bateau Genève. Cette permanence à caractère juridique oriente et conseille les personnes en situation de précarité sur les infractions pénales qui les touchent de manière disproportionnées (mendicité, occupation illicite de l’espace public, séjour illégal et autres infractions similaires). Si nécessaire, elle transmet les ordonnances pénales à des avocat∙es bénévoles. L’équipe sur place rassemble tous les documents et procurations, afin que les avocat∙es puissent faire opposition.
La création de cette permanence intervient dans un contexte de criminalisation croissante des personnes en situation de précarité, qui se voient infliger des amendes ciblant la pauvreté et débouchant parfois sur des peines de prison.
Ce projet intègre aussi le développement informatique d’un outil statistique, dans le but de récolter un nombre de données importantes sur le long terme (lieu et raison de l’interpellation, ethnicité, âge, si la personne est racisée, etc.).