La maladie rend pauvre, la pauvreté rend malade
9 avril 2026 | Lecture 4 min.
La pauvreté et les troubles psychiques s’alimentent l’un l’autre: vivre dans la pauvreté augmente le risque de maladies psychiques et les maladies psychiques augmentent le risque de pauvreté... Un cercle vicieux aux conséquences très étendues.
Malgré un niveau de vie moyen très élevé en Suisse, plus de 1,4 millions de personnes (soit environ 16,1% de la population) vivent dans la pauvreté ou sont menacées par la pauvreté.
De nombreuses études ont prouvé qu’un lien étroit existe entre précarité sociale et troubles psychiques. En Suisse, les personnes à faible revenu ou à faible niveau d’éducation souffrent environ deux fois plus souvent de problèmes psychiques que les personnes bénéficiant d’un statut socioéconomique plus élevé. Selon les sondages en matière de santé, plus de 30% des personnes touchées par la pauvreté font état de symptômes dépressifs, contre environ 15% pour la population générale.
Des études internationales montrent aussi que le risque de troubles anxieux ou dépressifs est 40 à 70% plus élevé chez les personnes en détresse financière. Le poids de la honte et la stigmatisation est particulièrement difficile à supporter. Plus de la moitié des personnes concernées affirment ne pas chercher à se faire aider par peur d’être jugées. D’autres obstacles structurels, comme les frais médicaux, l’absence de couverture par l’assurance maladie ou la complexité des processus, compliquent également la tâche à ceux et celles qui voudraient trouver un soutien.
15%
de la population souffrent de troubles psychiques
30%
des personnes touchées par la pauvreté souffrent de symptômes de dépression
40–70%
d’augmentation du risque de troubles anxieux ou dépressifs chez les personnes en détresse financière
En raison de cette relation claire entre pauvreté et santé mentale, la prévention et la promotion de la santé ne peuvent fonctionner que si les inégalités sociales et les troubles psychiques sont gérés de manière cohérente et conjointe.
Des mesures de santé
Pour prévenir efficacement les problèmes psychiques, il faut prendre au sérieux les interactions entre pauvreté et santé mentale, et apporter un soutien précoce aux personnes. Les prestations doivent être facile d’accès et les personnes concernées ne doivent être limitées ni par la honte ni par des obstacles structurels. Une attitude respectueuse et orientée vers les ressources permet d’améliorer l’estime de soi et facilite l’accès à une aide.
Donner une voix aux personnes concernées
Des exemples de bonnes pratiques internationales mettent en lumière une approche prometteuse: les recherches de la Haute école spécialisée bernoise indiquent qu’impliquer activement les personnes touchées par la pauvreté dans les processus sociaux et politiques permet non seulement de mieux adapter les mesures, mais aussi de renforcer l’estime de soi et le bien-être psychique. La participation a ici deux vertus: favoriser la démocratie et en même temps promouvoir la santé.
«En combattant la pauvreté, on renforce la santé mentale, et en renforçant la santé mentale, on réduit le risque de pauvreté.»
Les personnes qui ont elles-mêmes fait l’expérience de la pauvreté, ou ont traversé des périodes de crises en matière de santé mentale, peuvent apporter une expertise basée sur leur vécu. Le soutien d’un pair-aidant peut permettre de réduire les barrières hiérarchiques, de diminuer le sentiment de honte, et de s’identifier. Il aide aussi à montrer qu’il est possible de se remettre, même dans des circonstances difficiles: il ne s’agit pas d’un processus linéaire, mais d’un cheminement individuel vers plus d’autonomie et de participation.
Pour rompre durablement le cercle vicieux entre pauvreté et santé mentale, nous avons besoin de mesures politiques permettant de renforcer la sécurité sociale, de lutter contre la stigmatisation, et de mieux intégrer les personnes concernées. La santé mentale et la pauvreté ne sont pas simplement une question de responsabilité individuelle: elles reflètent nos relations sociales.
Cet article est paru dans «Caritas regional». Le magazine des organisations Caritas régionales paraît deux fois par an.
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