« Je ne peux pas vivre sans m’engager »
Depuis le 17 juin dernier, Béatrice Métraux est la nouvelle présidente de Caritas Vaud, succédant à Mikael Karlström après douze années de présidence. Une nouvelle fonction qui s'inscrit dans la continuité d'une vie marquée par l'engagement. Rencontre.
Texte : Joëlle Jungo
Photo : DR
Vous avez derrière vous un long parcours professionnel et politique. D’où vient cet engagement pour les autres ?
Mes convictions viennent de loin. J’ai grandi à Roubaix, dans le nord de la France, dans une ville où la pauvreté était extrêmement visible. Ma mère nous a élevés seule (nous étions 6 enfants) et, avec mes sœurs, elle s’engageait déjà auprès de personnes en difficulté. Cet environnement m’a profondément marquée.
Plus tard, mes expériences professionnelles, notamment en Afrique pendant le génocide au Rwanda, ont renforcé ces convictions. J’y ai appris l’humilité, la patience et surtout à regarder les autres sans jugement. N’ayant qu’une vie, je crois profondément qu’elle doit aussi servir à soutenir celles et ceux qui en ont besoin. Je ne peux pas vivre sans m’engager.
Pourquoi avoir choisi de poursuivre cet engagement auprès de Caritas Vaud ?
Après 25 ans d’engagement politique, j’ai choisi de quitter la politique, mais pas de cesser de m’engager ! Lorsque la possibilité de rejoindre Caritas Vaud s’est présentée, je me suis dit que mon expérience, ma connaissance des institutions et mon réseau pouvaient être utiles. Tant que j’en ai l’énergie, j’ai envie de les mettre à disposition de celles et ceux qui en ont besoin.
Cela correspond aussi profondément à mes convictions. Pour moi, l’écologie et le social sont indissociables : une société durable doit prendre soin à la fois de son environnement et des personnes qui la composent.
Connaissiez-vous bien Caritas Vaud avant d’en devenir présidente ?
Je connaissais bien sûr Caritas Vaud, son lien avec la communauté catholique, ainsi que les Épiceries et les Boutiques. J’en avais une excellente image, mais je ne mesurais pas l’étendue de ses activités. J’ai découvert tout le travail réalisé dans l’insertion, les hébergements d’urgence, les cours de français, l’aide au surendettement, les Espaces Essor… L’image que j’avais de Caritas Vaud n’était pas trompeuse : le travail accompli y est remarquable.
Depuis votre arrivée, qu’est-ce qui vous a le plus marquée ?
Ma visite de l’Épicerie Caritas d’Yverdon a été un véritable choc. Voir défiler autant de personnes, de tous les âges, des jeunes, des familles avec des enfants, des personnes retraitées, dans l’un des pays les plus riches au monde… On se demande : dans quelle société vivons-nous ?
J’ai aussi été très touchée par les personnes rencontrées dans les Espaces Essor. Cela pose une question essentielle : si les associations n’étaient pas là, qui prendrait soin de toutes ces personnes ?
Qu’est-ce qui vous frappe dans les équipes de Caritas Vaud ?
Leur dynamisme ! J’ai été particulièrement heureuse et surprise de voir autant de jeunes professionnel·les engagé·es auprès des personnes en situation de précarité. Cette jeunesse – qui est également incarnée dans les membres de la Direction – va aussi me pousser, me challenger, me faire sortir de ma zone de confort. Et c’est très positif ! Voir qu’une relève est là, qu’elle observe les travers de notre société et refuse de fermer les yeux, me donne beaucoup d’espoir.
Quelle présidente souhaitez-vous être ?
J’arrive avec mon expérience des institutions, de la politique et de la prise de décision, mais les choix doivent se construire avec les équipes et à partir des réalités du terrain. Je serai donc à l’écoute des collaborateur·rices.
Quelles prestations devons-nous renforcer ? Où les besoins sont-ils les plus importants ? Les Épiceries sont évidemment un pilier, les Espaces Essor jouent un rôle essentiel et la santé mentale, notamment celle des jeunes, me préoccupe beaucoup.
Il faudra aussi garantir la continuité financière de Caritas Vaud afin que l’association puisse perdurer et remplir sa mission.
Quels seront, selon vous, les grands défis des prochaines années ?
La précarité, d’abord. Je préfère d’ailleurs ce terme à celui de pauvreté, car elle peut être alimentaire et financière, mais aussi sociale, physique ou psychique. Et elle augmente.
L’autre défi sera de continuer à sensibiliser la population. Nous devons prendre conscience que notre société n’est pas aussi égalitaire que nous aimerions le croire et que de nombreuses personnes ont besoin d’aide. Face à une société qui tend parfois à se replier sur elle-même, il faut continuer à créer de la solidarité.
Si nous nous retrouvons dans cinq ans pour refaire cette interview, qu’aimeriez-vous pouvoir nous dire ?
J’aimerais que nous puissions répondre positivement à la question, avons-nous rempli notre mission ? Toutes les personnes qui sont venues vers Caritas Vaud ont-elles trouvé l’aide dont elles avaient besoin, une aide ciblée et pertinente ? C’est finalement cela qui doit nous guider.
Pour finir, si vous deviez décrire Caritas Vaud en trois mots ?
Jeunesse, convictions et pertinence.
Elle a notamment travaillé auprès de l’Office fédéral des réfugiés ainsi que dans la coopération au développement, en Suisse et en Afrique
Syndique de Bottens et députée au Grand Conseil vaudois, elle a siégé au Conseil d’État vaudois de 2012 à 2022
Elle a également présidé la Fédération des sociétés de fonctionnaires vaudois et est actuellement Présidente d’AVIVO Vaud et Co-Présidente d’AVIVO Suisse.