26.05.2026

La solidarité redonne des couleurs

Face à la précarité et l’isolement grandissants d’une partie de la population, une foule d’associations, de citoyennes et de citoyens s’activent pour apporter leur aide et recréer du lien social.

Auteur: Mario Togni

L a précarité est une réalité tenace. En Suisse, quelque 743'000 personnes sont pauvres, soit 8,4% de la population. Ce chiffre double si l’on compte les individus situés juste au-dessus de la limite (500 CHF au-dessus du seuil). Derrière ces statistiques, il y a des êtres humains, des visages et des familles. Pour les soutenir, les écouter et porter leur voix, une foule d’associations, d’organisations, de citoyennes et de citoyens s’engagent au quotidien. Caritas Genève, ses équipes et ses bénévoles font partie de cet écosystème solidaire.

Ce printemps, vous avez pu découvrir notre campagne «La solidarité redonne des couleurs», affichant des personnages colorés et un ton joyeux. Face au quotidien parfois sombre des personnes précaires, isolées ou marginalisées, elle entend porter un message d’espoir: la solidarité redonne des couleurs, car elle peut transformer des vies!

Chaque geste compte, même les plus simples: un don pour régler une facture de dentiste en suspens; quelques heures de bénévolat pour aider à rédiger des courriers administratifs; la préparation et le partage d’un repas collectif, comme un rempart contre l’isolement social. Les exemples ne manquent pas, que ce soit au sein de Caritas ou en dehors.

Soutien de proximité

Dans les quartiers, la solidarité locale s’organise. C’est le cas par exemple aux Trois-Chêne, où l’association Souris dans ton quartier déploie ses activités depuis octobre 2024. Créée par des bénéficiaires et ex-bénéficiaires de l’Hospice général, elle se démène pour recréer du lien social dans les communes de Thônex, Chêne-Bourg et Chêne-Bougeries, grâce à l’engagement d’une vingtaine de bénévoles.

En ce mardi après-midi de fin avril, sa permanence hebdomadaire fourmille dans le local mis à disposition par la Ville de Thônex à l’Espace culturel du Bois-des-Arts. On y retrouve Valérie Pellet, co-fondatrice et présidente de l’association, entourée d’un joyeux groupe de bénévoles et d’usager∙ères de l’association, qui partagent un café et quelques jolies pâtisseries. «On
accueille tout le monde ici, sans aucun jugement», souligne la responsable.

Le projet est né dans le contexte de la nouvelle Loi sur l'aide sociale et la lutte contre la précarité (LASLP). Un projet pilote dans le secteur des Trois-Chêne conduit des assistantes sociales de l’Hospice général à constituer un groupe de bénéficiaires. C’est là que Valérie Pellet rencontre Carine Willemin, co-fondatrice de Souris dans ton quartier. Anciennes cadres dans la gestion, les deux femmes sont alors bénéficiaires de l’aide sociale après des problèmes de santé.

Coups de main en tous genres

«Dans ce groupe, nous avons constaté à quel point les gens avaient besoin de lien, mais aussi de faire valoir leurs compétences», raconte la présidente. Le noyau dur de la future association est constitué. Chacun y met son grain de sel. L’une des premières idées trouvera le nom de «Proxi-répare». «On donne des coups de main pour des petits travaux, comme aider à monter un meuble, peindre un mur ou réparer un vélo», explique Nicola, le bricoleur de la bande. «Rien de trop complexe, on n’est pas des spécialistes!», précise-t-il. Pas d’électricité ni de plomberie, donc, mais une multitude de petites tâches utiles au plus grand nombre.

Madeleine, qui habite «le même appartement à Thônex depuis 59 ans», a fait appel à ce service de proximité, après avoir reçu une publicité. Par la suite, elle s’est décidée à franchir la porte de la permanence du mardi. Elle vient pour la troisième fois. «Je suis curieuse, j’essaie de sortir tous les jours et cela m’évite de passer trop de temps sur mon canapé devant la télé!», s'amuse-t-elle, sans perdre le fil de son tricot.

Tartes, sandwichs et bonne humeur

Le jour de notre venue, Madeleine fait partie d’un groupe de six personnes autour de la table, bientôt sept puis neuf au fil du temps qui passe. Ici tout le monde est logé à la même enseigne, on ne sait plus qui est bénévole, bénéficiaire, commerçant du quartier ou simple quidam de passage. Résidente de Chêne-Bourg de très longue date, Inge fréquente également les lieux depuis peu. «Je recherche le contact humain, dans une bonne ambiance. Nos discussions m’ouvrent énormément
l’esprit», insiste-t-elle.

L’arrivée soudaine de Tony, de la Boulangerie-Pâtisserie Monnard, ravit la petite assemblée. La boulangerie locale apporte régulièrement des invendus à l’association et ses usager∙ères: sandwichs, tartes, pâtisseries, etc. La tarte aux pruneaux du jour est immédiatement dégustée, pour le plus grand plaisir des personnes présentes.

Créer de la cohésion sociale, c’est bien là tout l’objectif de Souris dans ton quartier, qui propose également des «cafés-sourires», pour lutter contre l'isolement social, un groupe de parole mensuel ou encore un service d’aide administrative («écrivain près de chez toi»). Depuis la création de l’association, près de 380 prestations ont été délivrées, que ce soit la
réparation d’une chaise, une courte visite à domicile ou un accompagnement plus conséquent.

Au service des bénéficiaires de Caritas

Changement de décor. Nous sommes lundi matin, dans la brocante historique de Caritas Genève, La Recyclerie – Plan-les-Ouates, une heure avant l’ouverture des portes à la clientèle. Jean-Philippe Berney, 86 ans cette année, accueille bénévolement les bénéficiaires du Service de l’Action sociale de Caritas Genève. Des familles, le plus souvent, à qui un bon a été délivré pour obtenir gratuitement des meubles ou du matériel de première nécessité.

«Les gens viennent avec une liste d’objets, avec un prix maximum par article», explique cet ancien informaticien, dont l’engagement chez Caritas Genève a débuté en l’an 2000, au moment de son passage à la retraite. Une armoire, un lit, de la vaisselle, un frigo ou une machine à laver: tout y passe, selon les bons délivrés et les stocks disponibles. «Nous avons beaucoup de demandes de poussettes, mais il y en a très peu», regrette notamment le bénévole.

Il apprécie particulièrement la bonne ambiance de travail, tout en faisant une activité concrète et utile, qui le sort de son quotidien de retraité. «J’ai eu beaucoup de privilèges dans ma vie et c’est une manière de redonner un peu à des gens qui ont eu moins de chance que moi», évoque-t-il. «Tant que la santé me le permettra, je continuerai!»^

Un rituel en équipe

Cette activité quasi rituelle du lundi matin, Jean-Philippe la partage depuis plusieurs années avec Gianpaolo, ancien restaurateur retraité et également bénévole de longue date. Mais surtout, depuis le début, avec Sandra Fraga, assistante sociale chez Caritas Genève, qui a repris cette mission d’accompagner les bénéficiaires dans les travées de la brocante de Plan-les-Ouates dès son entrée en fonction, il y a vingt ans.

«C’est toujours un immense plaisir de passer ce moment avec eux, témoigne-t-elle. Ils ont une grande culture générale, nous avons tellement de choses à partager.» Si la petite équipe se retrouve avec joie chaque semaine à Plan-les-Ouates, elle aide surtout concrètement de nombreuses familles en difficulté, en moyenne trois à quatre par lundi. «Certains accompagnements
durent dix minutes, d’autres sont très longs», poursuit l’assistante sociale. «Nous aidons les gens à choisir leurs meubles, parfois à prendre des mesures. Les bénéficiaires sont très reconnaissants de cet accueil.»

“J’ai eu beaucoup de privilèges dans ma vie et c’est une manière de redonner un peu à des gens qui ont eu moins de chance que moi”

Jean-Philippe Berney, bénévole chez Caritas Genève

Esprit d’entraide

Cet esprit d’entraide et de solidarité, Sandra le cultive aussi en dehors de son métier d’assistante sociale, en étant elle-même bénévole. Elle participe notamment chaque année à la récolte de denrées alimentaires lors du Samedi du Partage. «Chez Caritas, nous délivrons chaque semaine des bons pour les Colis du Cœur. Pour moi, cela fait donc sens de participer à la récolte de denrées alimentaires. C’est un tout, ça va ensemble.»

En lançant sa campagne ce printemps, Caritas Genève voulait ainsi rappeler que la solidarité n’est pas un concept abstrait. C’est un engagement concret, quotidien, qui redonne de la confiance et des perspectives. Elle permet à des familles de retrouver un équilibre financier, à des jeunes d’entreprendre une formation, à des personnes précaires ou isolées de regagner leur place dans la société. Au final, c’est toute la communauté qui en bénéficie.

 


Dimanche 7 juin 2026
Kermesse solidaire au profit de l’association Souris dans ton quartier.
Passage 41, Centre Rencontres Loisirs de Chêne-Bougeries.
Infos: sourisdanstonquartier.chLe lien s'ouvre dans un nouvel onglet.