21.04.2026
«Caritas est un petit miracle!»
Après quarante ans de comité et treize années comme président de Caritas Genève, Jean-Philippe Trabichet tire sa révérence. Un engagement hors norme qui méritait bien un bilan.
Jean-Philippe Trabichet, président de Caritas Genève, s’apprête à passer la main. La personne qui lui succédera sera désignée en mai 2026. Une transition tout en douceur et bien préparée, qui n’en est pas moins forte en émotion pour un homme d’engagement, qui a œuvré au sein de l’institution depuis plus de quarante ans. Interview.
Comment êtes-vous entré à Caritas Genève?
Ma mère travaillait comme assistante sociale chez Caritas. Moi j’y suis arrivé à travers Caritas Jeunesse, en participant à des camps de vacances, puis comme moniteur et chef de camp bénévole. En 1981, alors que j’étais étudiant, le directeur de l’époque Jean Grob m’a engagé comme responsable de Caritas Jeunesse, qui était encore un secteur de Caritas Genève. Ma mère s’y est opposée, en vain ! Une fois mes études terminées, j’ai petit à petit entamé ma carrière de prof et j’ai du lâcher mon poste. J’ai néanmoins gardé un pied dans l’institution en rejoignant très vite son comité, dès 1986.
Et puis il y a l’informatique…
Oui, j’ai fait des études d'informatique et mon mémoire de licence portait sur le projet d'informatisation du secteur réfugiés de Caritas Genève. Dès 1982-83, on a installé les premiers ordinateurs et commencé à informatiser différents secteurs, la gestion des comptes désendettement, les inscriptions à Caritas Jeunesse. Dix ans plus tard, alors professeur à la HEG, j’ai aussi impliqué mes étudiants, assistants, et même mes fils, qui ont créé le support informatique de Caritas Genève !
En 2013, vous devenez président de Caritas Genève. Une évidence ?
Non, je ne voulais pas spécialement être président ! J’ai été très longtemps vice-président et ça me convenait très bien. J’étais aussi déjà président de Caritas Jeunesse, au moment où l’association a pris son autonomie. Néanmoins, je me suis lancé pour succéder à François Membrez, et j’ai exercé cette fonction avec beaucoup de plaisir. En tant que président, j’ai toujours œuvré pour que le comité ne se mêle pas de la gestion quotidienne. Ça a été mon leitmotiv. Il faut garder le recul nécessaire pour avoir une vision stratégique globale.
Que représente Caritas pour vous ?
Caritas a une image extraordinaire. Dans la vie de tous les jours, je me présente comme ancien prof, doyen de section, etc. Et puis je dis : dans une autre vie, je suis président de Caritas Genève. Et là, les gens sont admiratifs. Pas de moi, mais de Caritas ! Le nom Caritas est connu dans le monde entier. Ici, il apparaît sur des épiceries, des camionnettes. Tout le monde ou presque connaît quelqu’un qui a été aidé par Caritas.
A titre personnel, cet engagement bénévole est très valorisant. On a d’un côté sa vie professionnelle, son métier. Et de l’autre, il y a cette vie associative où l’on est rétribué en reconnaissance, en étant utile à la société.
L'image de Caritas a évolué mais elle n'a pas fondamentalement changé. Caritas reste un pilier, une référence dans la lutte contre la précarité, un nom reconnu à travers le monde. C'est une constante extraordinaire sur laquelle nous pouvons aujourd'hui nous appuyer.
Comment l’institution a-t-elle évolué ?
Caritas Genève a évolué avec la société. Il y a quarante ans, Caritas Genève était une association d'amis qui voulaient faire du bien.Les salaires étaient très faibles et il y avait surtout beaucoup de bénévoles très engagés. Il n'y avait pas ou très peu de comptabilité.Petit à petit, Caritas s’est professionnalisée. Nous avons développé des liens avec l’école sociale (aujourd’hui HETS, ndlr), et décidé que tous les assistants et assistantes sociales devaient être diplômé∙es. Nous avons introduit des processus, formalisé beaucoup de choses. Surtout, nous avons toujours répondu présents quand il le fallait, à chaque mouvement de réfugiés, a chaque crise sociale. Je dis souvent : Caritas est un petit miracle !
Comment la précarité a-t-elle évolué ?
Il y a une précarité latente en Suisse que peu de gens imaginent. Elle est apparue au grand jour avec le Covid, les gens qui font la queue pour aller manger. Chez Caritas, nous avons très tôt travaillé sur la notion de working poor. S’il y a aujourd’hui un salaire minimum à Genève, c’est aussi le résultat de constats que nous et d’autres associations avons fait.
Cela dit, je suis quelqu’un de profondément optimiste et je pense que l'humanité se porte mieux aujourd’hui qu’il y a quarante ou cinquante ans, de tous points de vue : précarité, santé, espérance de vie.
Est-ce qu’un projet vous a particulièrement marqué ?
Peut-être la transition d’un traitement de la précarité essentiellement réactif, vers un traitement plutôt préventif. La création du Service Formation Jeunes (anciennement Voie 2) en est le meilleur exemple. Plutôt que de guérir, essayons d’éviter que la précarité ne s’installe. Quand je suis arrivé à Caritas, cela n'existait pas.
L’image de Caritas a-t-elle changé ?
Elle a évolué mais elle n'a pas fondamentalement changé. Caritas reste un pilier, une référence dans la lutte contre la précarité, un nom reconnu à travers le monde. C'est une constante extraordinaire sur laquelle nous pouvons aujourd'hui nous appuyer. Et je suis convaincu que nos futures générations d'employé∙es et de bénévoles pourront le faire aussi.
Comment appréhendez-vous ce départ ?
J'ai toujours dit qu'il ne fallait pas rester au-delà la retraite. Pour être au comité de Caritas, il vaut mieux encore être aux affaires, connaître le langage de la société, où tout évolue très vite. Je suis finalement resté une année de plus que prévu, mais c’est le bon moment ! Il y a actuellement un comité extraordinaire, avec des jeunes, avec des femmes, ce qui était très rare à mes débuts. Je suis très serein !