19.02.2026
Après l’enfer de Gaza, un accueil bienveillant à Genève
Durant quatre mois, des bénévoles engagés par Caritas ont accompagné les quatre familles gazaouies accueillies à Genève dans le cadre d’une évacuation médicale humanitaire.
Photo: © Alex Kühni
Le plus jeune avait trois mois lors de son arrivée. Entre fin octobre et fin novembre 2025, quatre familles gazaouies (17 enfants et 8 adultes) ont été accueillies à Genève dans le cadre d'une évacuation médicale humanitaire coordonnée par la Confédération et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avec le soutien de Médecins sans frontières (MSF). Elles ont été sélectionnées en raison de besoins médicaux urgents de quatre enfants, pris en charge par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Parmi leurs frères, sœurs et parents, plusieurs ont aussi subi des blessures de guerre et souffrent de problèmes de santé restés sans traitement.
Caritas Genève a été sollicitée, en coordination avec d’autres partenaires, pour trouver des logements et assurer un accompagnement bénévole des familles au cours des premiers mois de leur vie à Genève. Cette opération solidaire a pu être montée en quelques semaines grâce à l’engagement de nos équipes et la mobilisation de nombreuses personnes issues de la communauté arabophone à Genève, avec le soutien financier de Caritas Suisse.
«Un travail incroyable»
Au total, neuf «personnes relais» se sont lancées dans l’aventure, coordonnées par Nora Mansell, engagée par Caritas Genève pour assurer ce rôle. «Le travail accompli à Genève a été incroyable, insiste-t-elle. Grâce à ce programme, ces personnes ont pu être accueillies à bras ouverts.»
Après deux ans sous les bombes de Gaza, devenu un désert médical, ces quatre familles comptent parmi les rares qui ont bénéficié d’une évacuation vers la Suisse. Fin octobre 2025, l’OMS estimait encore à près de 16'000, dont 3800 enfants, le nombre de patients nécessitant une évacuation pour obtenir de soins d’urgence à l’étranger.
Sorties de la bande de Gaza via la Jordanie, elles ont été prises en charge sur place par MSF, avant de prendre l’avion vers la Suisse. «Déjà traumatisées par la guerre, ces personnes n’avaient pour la plupart jamais été autorisées à quitter Gaza auparavant», raconte Nora Mansell, présente dès leur arrivée sur le tarmac de l’Aéroport de Cointrin.
La première tâche des bénévoles, tous arabophones, a donc été de rassurer, du mieux possible, des gens parachutés dans un monde inconnu, et dans le plus grand dénuement. Les gazaouis évacués ont effet été autorisés par le gouvernement israélien à quitter le territoire avec pour seuls effets personnels un téléphone et des papiers d’identité dans un sac plastique.
Des soins pour toutes et tous
Une fois à Genève, la priorité a été leur prise en charge médicale. L’évacuation a été rendue possible pour quatre enfants (entre 3 mois et 12 ans), mais tous les accompagnants avaient besoin de soins. «Ces personnes nécessitent des soins médicaux et chirurgicaux hautement spécialisés ainsi qu’un soutien psychologique», écrivaient les HUG dans un communiqué.
Depuis l’aéroport, alors que les enfants malades ou blessés étaient transférés à l’hôpital, les familles ont été conduites dans leurs logements, dénichés, rafraichis et meublés par les équipes de Caritas Genève. «Le frigo était plein et des bénévoles avaient préparé un repas palestinien. On a tout fait pour humaniser leur arrivée», poursuit Nora Mansell, elle-même Suisse et Palestinienne, installée à Genève depuis 2003. Une carte de paiement leur a été fournie par l’Hospice général pour se nourrir, ainsi que des bons pour s’habiller au Vestiaire social. Toutes les personnes évacuées sont au bénéfice d’un permis N (requérant d’asile).
Le temps de la transition
Les jours suivants, la chaîne de solidarité s’est mise en place. Les «personnes relais» les ont accompagnées pour les premières visites à l’hôpital, au supermarché, aux Épiceries Caritas, au Vestiaire social, et pour leurs premiers rendez-vous administratifs avec l’Hospice général ou encore l’Office cantonal de la population. Un travail immense, qui a vite nécessité de renforcer l’équipe bénévole. «Il y a un tel volume de choses à faire, tellement de rendez-vous, notamment médicaux. C’était bien plus d’engagement que nous avions imaginé», admet Nora Mansell.
Quelques mois plus tard, la situation s’est stabilisée, même si les besoins demeurent. Tous les enfants en âge scolaire sont désormais scolarisés et les familles sont de plus en plus autonomes. Le temps de la transition est venu, alors que le dispositif a toujours été prévu comme temporaire. Le contrat de Nora Mansell avec Caritas Genève a pris fin à mi-février. «Un lien fort s’est créé entre les bénévoles et les familles donc nous allons continuer à être en contact et à les appuyer», relève-t-elle.
Pour Katia Hechmati, coresponsable du Service de l’Action sociale chez Caritas Genève, ce dispositif montre à nouveau la capacité de l’institution à répondre très rapidement et avec une grande agilité à des situations d’urgence. «Nous avons pu avec ce projet apporter un peu d’humanité là où il en manque cruellement, à la fois pour les personnes réfugiées mais aussi pour les bénévoles, qui nous ont remercié de les avoir réunies, comme dans une famille.»