16.03.2026
17 ans dans l’ombre avant la régularisation
Arrivée en Suisse en novembre 2007, Nora a quitté le Nicaragua avec un objectif clair : offrir une vie meilleure à ses deux filles restées au pays. Mais à son arrivée à Genève, la réalité est bien différente de ce qu’elle imaginait.
Une vie dans la précarité et l’isolement
Sans permis de séjour, sans parler français et sans réseau, les débuts sont particulièrement difficiles. Elle trouve finalement un emploi comme nounou où elle s’occupe d’un bébé 24 heures sur 24, pour un salaire très bas. Juste assez pour manger et envoyer un peu d’argent à ses filles.
Elle pensait qu’en Suisse, travailler tous les jours permettait de vivre dignement. Malheureusement, la réalité est tout autre. Elle découvre que cela suffit tout juste à survivre : payer les factures et envoyer le peu d’argent qu’il lui reste à ses filles, mais aucune marge pour des soins médicaux, des lunettes, le dentiste ou des loisirs.
Pendant des années, elle enchaîne les ménages et les gardes d’enfants sans se plaindre : « Je n’ai jamais appelé mon patron pour dire : aujourd’hui j’ai mal », précise-t-elle. Elle travaille sans être déclarée, et demande, à plusieurs reprises, à son employeur de la déclarer à l’AVS. Il lui fait croire que sans papiers, ce n’est pas possible. Ne connaissant pas les lois suisses, elle le croit et continue.
Quand elle retourne pour la première fois au Nicaragua, après neuf années d’absence, ses filles ont grandi sans elle. Elle évoque cette période avec pudeur : « J’ai beaucoup pleuré, seule à la maison. Ce n’est pas facile. Il faut beaucoup de patience et de courage. »
Le tournant : la régularisation
La question de sa situation administrative est longtemps restée en arrière-plan, les démarches sont complexes et lui semblent difficile à entreprendre seule. Vivre dans l’irrégularité est devenu une forme de normalité. Elle trouve finalement de l’aide auprès des Permanences volantes de l’EPER (Entraide Protestante Suisse) qui transmet son dossier de régularisation au Service juridique de Caritas Genève. Un de nos juristes prend en charge sa demande de permis et la procédure aboutit rapidement. Après dix-sept années sans statut légal, Nora obtient enfin son permis.
« Ça a changé beaucoup de choses, confie-t-elle. Avoir un permis signifie exister administrativement. Je peux maintenant travailler légalement, j’ai des droits et je peux me projeter. »
L’accompagnement de Caritas
Après sa régularisation, Nora a bénéficié pendant un an du programme d’accompagnement destiné aux personnes nouvellement régularisées par Caritas Genève. Son assistante sociale référente l’a accompagnée dans ses démarches administratives afin qu’elle puisse appréhender le système et toutes les complexités nouvelles pour elle. Elle a ainsi pu stabiliser sa situation.
« Elle était très gentille, explique-t-elle. Elle a fait beaucoup de choses pour moi. Je la remercie pour toute l’aide qu’elle m’a apportée. »
Aujourd’hui, le suivi avec Caritas Genève est terminé mais elle reste profondément reconnaissante du soutien reçu.
Entre espoir et prudence
En dépit de soucis de santé, Nora se concentre sur une chose essentielle : reconstruire sa vie sur des bases solides. Encore en période de récupération suite à une opération, elle est sans emploi et vit dans un logement partagé. Mais elle avance étape après étape avec l’objectif de recouvrer la santé, reprendre une activité professionnelle et trouver un logement stable et digne.
Malgré les épreuves, elle garde confiance. « Ce n’est pas facile, mais je continue pour mes filles et pour moi », sourit-elle.
*Le prénom a été changé pour des raisons de confidentialité